Les magnifiques promenades en mer de Porto Corse à Scandola
Depuis la
petite marine de Porto Corse, point d’ancrage discret de la façade
occidentale de l’île, le regard s’élance vers le large. Une lumière dorée
glisse sur les flots matinaux, les montagnes dessinent leur silhouette austère,
et déjà le voyage promet l’évasion. Ici commence une des plus belles
navigations de Méditerranée, la route maritime vers la réserve naturelle de Scandola,
sanctuaire minéral où la mer épouse le volcan en silence.
Porto, village rattaché à la commune d’Ota, s’épanouit au creux du golfe dont il porte le nom. Une tour génoise en surplomb, quelques barques accrochées au quai, une odeur de pin et de sel, tout semble ici attendre le départ. Le bateau semi-rigide s’élance, nerveux et agile, glissant sur une mer encore calme. La côte, sauvage, s’égrène en caps et en criques, dérobe ses secrets aux promeneurs terrestres. Les falaises de porphyre rouge s’élèvent avec majesté, sculptées par le temps et les vents.
En
progressant vers le nord, on pénètre dans la réserve de Scandola.
Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983, elle est l’un des
trésors les plus inaccessibles de Corse, strictement protégée, à la fois
terrestre et marine. Les roches volcaniques, issues d’éruptions sous-marines,
ont été façonnées par l’érosion en une succession d’arcs, de pics et de cheminées
minérales. Le rouge du porphyre, le noir du basalte, les reflets verts du
maquis dessinent un paysage d’une beauté tellurique, presque surnaturelle.
Dans les
criques abritées, l’eau devient transparente. Des poissons aux reflets
métalliques frôlent les embarcations. Parfois, un dauphin perce la surface,
curieux et libre. Au sommet des falaises, les nids du balbuzard pêcheur
marquent la persistance d’une faune fragile. Les cormorans huppés glissent
entre ciel et mer. Sous l’eau, les fonds marins offrent un monde silencieux,
refuge des coraux et des herbiers, royaume discret des murènes, des mérous, des
oursins.
En silence,
le bateau s’approche du cœur de la réserve. Aucun bruit, sinon celui du moteur
que l’on coupe par respect. On flotte. Le vent s’infiltre entre les rochers,
l’eau clapote doucement contre la coque. Le temps semble suspendu. Ici, tout
est mesure, équilibre, harmonie brute. Scandola ne se visite pas, elle se
contemple. Elle impose une humilité, une lenteur, une attention aux choses
simples et essentielles.
À une encablure de là, blotti dans une baie inaccessible par la route, le village de Girolata s’offre comme une escale improbable. Seule une poignée de maisons de pierre, une petite plage, un fortin en surplomb. On y accoste, on se glisse dans l’eau tiède, on savoure un repas de pêche locale sur une terrasse ombragée. Ce lieu hors du temps, entre mer et montagne, est une halte précieuse, une respiration.
Le retour
vers Porto Corse suit un itinéraire tout aussi spectaculaire.
L’après-midi, les calanques de Piana, joyau géologique classé lui aussi
par l’UNESCO, offrent un final de toute beauté. Le granit rose y prend des
teintes chaudes, presque incendiaires. Les formes se multiplient, aiguilles,
arches, tunnels. Le bateau semi-rigide, grâce à sa maniabilité, s’aventure dans
les moindres recoins. La lumière rasante du soir transforme la roche en métal
incandescent. La mer devient miroir.
L’expérience
maritime entre Porto Corse et Scandola prend tout son sens à bord d’un
semi-rigide. Rapide, précis, discret, il permet d’approcher sans troubler, de
ressentir sans envahir. Il épouse les contours de la côte, effleure les
criques, s’arrête là où les grands bateaux n’oseraient jamais se glisser. Cette
proximité avec l’élément marin crée un lien intime avec le paysage, une forme
de complicité avec la Corse sauvage et indomptée.
Préparer cette excursion demande un peu d’anticipation. Les départs se font généralement tôt le matin pour profiter des meilleures conditions de mer. Il est conseillé d’emmener chapeau, lunettes, crème solaire, et, surtout, un masque de plongée pour explorer les fonds. Il faut aussi se souvenir que Scandola est une réserve. On ne prélève rien, on ne jette rien. On regarde, on écoute, on apprend.
Et puis, il
y a cette sensation rare, en fin de journée, lorsque l’on revient vers Porto.
La peau chauffée par le sel, les yeux pleins de formes et de couleurs, le
silence dans le cœur. On a vu l’invisible. On a frôlé un monde intact. On s’est
approché de cette Corse de pierre, de feu et d’eau que l’on croyait rêvée. Et
elle était bien là.
L’écosystème marin de Scandola,
un sanctuaire sous la surface
Sous les flots bleus qui bordent la réserve de Scandola, un monde discret mais fascinant s’épanouit dans le silence. Ce n’est pas seulement un décor de carte postale que la mer propose ici, mais un écosystème complexe, fragile, patiemment tissé au fil des millénaires. Dans ces eaux protégées de l’ouest corse, la vie marine trouve un refuge rare en Méditerranée.
Les rochers basaltiques, tombant parfois à pic
dans l’eau, forment autant de caches naturelles pour la faune. Entre les
anfractuosités, les mérous brunissent lentement dans leur tanière. Les
langoustes, toujours plus discrètes, explorent les interstices à la tombée du
jour. Au milieu des herbiers de posidonies, véritables poumons marins, se
croisent les girelles, les saupes et les sars, composant une chorégraphie
permanente et silencieuse.
Ici, la clarté de l’eau permet une observation unique. Le masque sur les yeux, le corps flottant dans la tiédeur marine, on plonge littéralement dans un tableau vivant. Chaque rocher est une scène, chaque faille un monde. Les oursins tapissent les creux, les étoiles de mer épousent la pierre, tandis qu’un banc de poissons argentés file d’un éclair.
Mais cette richesse n’est pas due au hasard. Elle
est le fruit d’un choix clair, celui de protéger. Depuis sa création en 1975,
la réserve de Scandola interdit pêche, mouillage anarchique, prélèvement ou
pollution. Grâce à cette rigueur, les espèces se reproduisent, les chaînes
trophiques s’équilibrent, et les générations se succèdent dans une continuité
que peu de zones marines peuvent revendiquer.
Approcher la biodiversité de Scandola en bateau semi-rigide, c’est la côtoyer sans la perturber. Glisser au-dessus d’un monde vivant, le deviner, le respecter. Et se souvenir qu’il ne s’agit pas d’un décor, mais d’un univers fragile, dont notre regard émerveillé est à la fois le témoin et la promesse de sauvegarde.
Le balbuzard pêcheur, sentinelle
ailée des falaises corses
Il plane, solitaire, les ailes larges et tendues, le regard rivé vers la mer. Sa silhouette puissante se découpe sur le bleu du ciel, avant de piquer soudain, ailes repliées, vers un point précis. Le plongeon est net, le ressac éclabousse, et le balbuzard pêcheur remonte, entre ses serres un poisson encore frémissant. Dans les hauteurs de Scandola, ce rapace rare a trouvé l’un de ses derniers bastions méditerranéens.
Disparu de la Corse continentale au siècle
dernier, victime des tirs, des dérangements et de la raréfaction de ses proies,
le balbuzard pêcheur n’a survécu que dans les coins les plus inaccessibles de
l’île. Les falaises de la réserve lui ont offert un refuge, hautes, isolées,
silencieuses. Ses nids, construits à flanc de roche ou sur des plateformes
artificielles discrètement installées, dominent la mer comme des tours
naturelles.
Observer ce seigneur ailé depuis un bateau
semi-rigide, c’est vivre un moment d’exception. Il n’est pas rare qu’il décrive
des cercles au-dessus des eaux, scrutant la surface, choisissant sa cible. Sa
présence est un indicateur puissant, là où il vit, l’écosystème est sain. Son
régime strictement piscivore, son besoin d’espace, son intolérance aux
perturbations font de lui un symbole vivant d’un équilibre préservé.
Les naturalistes corses, depuis les années 1980, œuvrent à sa réintroduction et à sa tranquillité. Le respect des zones de nidification est strict, les études régulières, et les bateaux de tourisme, bien informés, gardent leurs distances. Cette alliance discrète entre l’homme et l’oiseau a permis la renaissance d’une espèce autrefois menacée.
Dans le ciel de Scandola, quand le balbuzard trace ses cercles au-dessus du silence marin, c’est la Corse elle-même qui respire plus librement.
Les tours génoises, mémoire de
pierre et vigies de la mer
Tout au long de la côte entre Porto Corse
et Scandola, elles apparaissent soudain, massives, silencieuses, figées dans le
temps. Les tours génoises,
sentinelles de pierre érigées entre le XVIe et le XVIIIe siècle, racontent
l’histoire d’une Corse autrefois vulnérable, exposée aux attaques barbaresques,
au commerce, aux tempêtes. Elles sont les témoins muets d’un passé où la mer
n’était pas encore un lieu de loisir, mais une frontière mouvante, parfois
hostile.
Bâties en surplomb des caps, toujours à portée de vue l’une de l’autre, ces tours permettaient de transmettre des signaux par feu ou par fumée. Elles formaient un réseau de surveillance couvrant l’ensemble du littoral corse. Certaines sont aujourd’hui en ruine, d’autres admirablement restaurées. Toutes se fondent dans le paysage, comme si la roche elle-même les avait enfantées.
La tour de Porto, carrée et
imposante, domine la marine du même nom. À Girolata, une autre, plus modeste,
surplombe la baie. En mer, leur présence rassure, fascine. On les photographie,
on les devine, parfois à peine visibles entre les bruyères. Elles offrent aux
navigateurs d’aujourd’hui une ancre symbolique, un lien entre le présent et un
passé insulaire fait de vigilance et d’adaptation.
Depuis un bateau semi-rigide, on les découvre
sous un autre angle. On comprend mieux leur implantation stratégique, leur
dialogue visuel. Elles deviennent plus qu’un décor, une voix de l’histoire.
Leurs murs épais, leurs meurtrières, leurs escaliers en colimaçon évoquent la
rudesse de l’époque, la ténacité des insulaires, leur génie d’adaptation.
En les regardant depuis la mer, ces tours parlent encore. Non pour alerter d’un danger, mais pour rappeler que toute côte, aussi belle soit-elle, est aussi le théâtre d’histoires anciennes, que la pierre garde en mémoire.
De Porto Corse à Scandola, la
mer comme trait d’union sauvage
Il est des lieux que l’on traverse sans jamais
vraiment les quitter. Entre Porto Corse et Scandola, la
mer devient plus qu’un chemin, elle est une mémoire, un souffle, un miroir de
lumière et de silence. Naviguer ici en bateau semi-rigide, c’est s’offrir le
privilège rare d’entrer en résonance avec une île qui se livre peu, qui exige
du respect et offre, en retour, une beauté brute et inoubliable.
La réserve naturelle de Scandola ne se dévoile
qu’à ceux qui acceptent de ralentir. Elle impose une présence attentive, une
écoute fine, une admiration sans toucher. Les roches volcaniques, les criques
translucides, les nids de balbuzards, les tours génoises, tout ici respire
l’équilibre ancien entre l’homme et son environnement. Le semi-rigide, discret
et agile, devient l’outil idéal pour cette exploration respectueuse.
Et lorsque l’on revient au port de Porto Corse, le regard encore perdu sur les reliefs découpés, la peau salée et le cœur dilaté, il ne reste qu’une certitude, ce voyage n’est pas une simple excursion. C’est une odyssée intérieure. Un passage. Une promesse de revenir, un jour, écouter encore la mer parler aux rochers.