Excursions en mer autour de Calvi pour visiter les plus belles plages
Il y a des
villes qui se révèlent mieux depuis l'eau. Calvi est de celles-là. Depuis la
mer, la citadelle génoise qui domine la baie prend une dimension presque
irréelle — ses remparts ocre se découpent sur un ciel souvent d'un bleu
violent, et le contraste avec les eaux turquoise du golfe produit un effet que
nulle carte postale ne parvient vraiment à restituer. Mais au-delà du spectacle
que la ville offre depuis le large, c'est tout un littoral qui se déploie
autour de Calvi, fait de criques secrètes, de plages de sable blanc accessibles
uniquement par la mer, de caps sauvages et de réserves marines d'une générosité
rare. Embarquer depuis le port de Calvi, c'est ouvrir un chapitre différent de
la Haute-Corse — celui que les routes ne racontent pas.
Le golfe de Calvi, premier décor d'une navigation d'exception
Avant même
de quitter la baie, le golfe de Calvi impose sa présence. Large, ouvert sur le
large, bordé au nord par la citadelle et au sud par la pointe de la Revellata,
il forme un écrin naturel d'une cohérence visuelle rare. La plage de la Pinède,
qui s'étire sur plusieurs kilomètres au pied des pins parasols, est la plus
connue — et la plus fréquentée. Mais depuis un bateau, même ce ruban de sable
populaire prend une autre dimension, on le voit dans sa totalité, on mesure
l'ampleur du golfe, on comprend pourquoi les navigateurs d'autrefois s'y
arrêtaient volontiers.
La plage de l'Arinella, légèrement en retrait du centre, offre une première escale douce pour ceux qui débutent leur navigation. Accessible à pied depuis la ville, elle se découvre néanmoins sous un angle totalement différent depuis la mer — les reliefs qui la surplombent, la végétation dense qui descend jusqu'au sable, et la transparence de l'eau en font déjà un tableau remarquable. Les fonds, parsemés de roche et de posidonie, accueillent une faune marine discrète mais bien présente. Girelles, sars, poulpes tapissant les anfractuosités, le masque et le tuba suffisent pour un premier contact avec la vie sous-marine du golfe.
Plus au fond
de la baie, la plage de Bastiana, moins visible depuis la route côtière, se
révèle aux navigateurs comme une confidence. Son sable fin, sa pente douce, ses
eaux peu profondes en font un mouillage idéal pour les familles. Les bateaux
peuvent s'ancrer à quelques dizaines de mètres du bord, et la baignade depuis
le bord de l'embarcation procure ce sentiment de privilège tranquille propre
aux plus belles escales corses. Le golfe de Calvi, depuis la mer, n'est pas
seulement un point de départ. Il est déjà une destination en soi — vaste,
lumineuse, d'une générosité que la promenade à pied ne permet pas toujours de
saisir dans son ensemble.
La pointe de la Revellata, cap sur les eaux protégées d'une réserve marine
Passé la
pointe de la Revellata, le caractère du paysage change brutalement. Le golfe et
sa douceur s'effacent derrière un cap rocheux d'une beauté austère — granit
sombre, végétation rabougrie par le vent, falaises qui tombent directement dans
la mer sans transition. C'est ici que commence la réserve naturelle marine de
la Revellata, l'une des zones marines les mieux protégées de Haute-Corse, et
l'une des plus riches en biodiversité. Les eaux y sont d'une clarté
remarquable, les fonds préservés de toute pression humaine excessive, et la
faune marine d'une abondance qui surprend même les plongeurs expérimentés.
La crique de l'Alga, nichée au creux de la pointe côté sud, constitue l'une des escales les plus prisées des plaisanciers locaux. Peu profonde, abritée des vents dominants, elle dévoile une eau d'un vert presque irréel au-dessus de ses fonds de sable clair. L'ancrage y est aisé, la baignade sublime, et la solitude souvent garantie en dehors des mois de haute saison. À quelques encablures, la crique de Punta Oscelluccia offre un profil légèrement différent — plus exposée, aux eaux plus sombres et plus profondes, elle attire davantage les plongeurs qui viennent explorer des tombants riches en gorgones et en corail rouge.
Au phare de
la Revellata, perché à l'extrémité du cap, les gardiens — pour les rares îlots
encore habités — ont longtemps vécu dans une solitude choisie face à la mer.
Aujourd'hui automatisé, le phare reste un point de repère visuel puissant
depuis le large. Les bateaux qui le longent à courte distance perçoivent les
courants liés au passage entre le golfe de Calvi et la mer ouverte — une
turbulence légère, énergisante, qui rappelle que l'on navigue désormais en eau
libre, loin de la douceur protégée de la baie.
Cala Canusettu et Cala Finosa, les criques secrètes du cap
Entre la
Revellata et le golfe de Galeria au sud, une succession de criques s'ouvre sur
la mer sans jamais figurer sur les cartes touristiques ordinaires. Ces
plages-là n'ont pas de parking, pas de paillotes, pas de panneau indicateur sur
la route. Certaines n'ont même pas de nom officiel — les plaisanciers locaux
les désignent par des diminutifs affectueux transmis de bouche à oreille. C'est
précisément ce qui en fait le sel.
Cala Canusettu s'impose comme l'une des plus belles. Encadrée de rochers granitiques aux teintes rosées, elle n'offre qu'une étroite bande de galets et de sable grossier, mais ses eaux compensent largement par leur intensité chromatique, un bleu-vert profond en périphérie, un turquoise presque tropical à l'approche du bord. Les fonds y sont mixtes — roche, sable, herbier — et l'on peut y observer des murènes glissant entre les pierres, des sérioles chassant en surface, des étoiles de mer violet profond posées sur le sable blanc. Une escale à nul autre pareille, que seule la mer permet d'atteindre dans des conditions raisonnables.
Cala Finosa, plus au sud, possède un caractère légèrement différent. Son sable y est plus fin, sa pente plus douce, et la végétation qui descend jusqu'au bord crée un fond de scène d'un vert intense, contrastant avec le bleu de l'eau. Les jours de tramontane, une légère houle animée remonte depuis le large et crée une dynamique de surf naturel que les nageurs apprécient particulièrement. Par mer calme, la transparence des eaux de Cala Finosa est tout simplement confondante, les rochers du fond à cinq mètres de profondeur apparaissent comme sous une loupe géante, avec une netteté qui semble défier les lois de la physique.
La baie d'Elbo et les plages de Galeria, au seuil du désert sauvage
Plus au sud
encore, la baie de Galeria marque une frontière naturelle entre le territoire
de Calvi et celui de la côte ouest véritablement sauvage. Le village de
Galeria, minuscule et attachant, s'alanguit au fond d'une ria bordée de roseaux
et de tamaris. Les eaux de la baie, mélange d'eau douce apportée par le Fango —
le fleuve qui descend des montagnes de l'intérieur — et d'eau salée marine,
présentent des teintes changeantes au gré des saisons et des marées. En été, le
bleu s'impose largement. Au printemps, les apports fluviaux créent des dégradés
de couleurs inattendus.
La plage de Galeria elle-même, longue et peu fréquentée, s'étend sur plusieurs centaines de mètres au débouché du Fango. Son sable gris clair, ses eaux peu profondes et son caractère préservé en font une escale reposante après plusieurs heures de navigation. Les bateaux peuvent mouiller en baie dans de bonnes conditions, et l'on rejoint la rive en annexe ou à la nage. Le village propose quelques tavernes simples où la cuisine corse authentique — beignets de courgettes, charcuterie locale, fromage de brebis — remet les pendules à l'heure après une journée d'ivresse maritime.
Au nord de
la baie, la plage d'Elbo concentre tous les attraits d'un littoral sauvage et
intact, sable immaculé, absence totale d'infrastructure commerciale, végétation
de maquis descendant jusqu'au bord, et une eau dont la qualité tient du miracle
préservé. L'accès par la route nécessite une longue marche depuis le dernier
parking autorisé. Par la mer, une demi-heure suffit depuis Galeria. Ce
contraste entre l'effort terrestre et la facilité maritime résume à lui seul
l'intérêt de naviguer dans ces eaux — certains trésors ne se méritent pas
forcément à la sueur du front. Parfois, ils se méritent en lisant correctement
le vent et la houle.
De Calvi à l'Oscellucia, les plages de la côte nord entre pinèdes et eaux douces
Au nord de
Calvi, la côte prend une autre direction — moins spectaculaire dans ses
reliefs, mais attachante dans sa douceur. La route littorale longe la mer sans
toujours l'atteindre, séparée du rivage par des bandes de maquis et de pinèdes
dont les senteurs résineuses se mêlent à l'air marin. Depuis la mer, ce rivage
nord révèle des plages longues et peu profondes, idéales pour les familles et
les enfants, avec des fonds de sable fin qui permettent de s'éloigner du bord
sans jamais perdre pied.
La plage de Bodri, accessible depuis la terre par un sentier discret, se contemple sous son meilleur angle depuis le large. Son sable roux, légèrement teinté par les minéraux du sous-sol, contraste joliment avec le bleu de la mer et le vert sombre des pins qui l'encadrent. Les eaux y sont peu agitées, le mouillage facile, et l'on y croise souvent des voiliers de passage qui s'y arrêtent pour la nuit lors de leur périple autour de l'île. Un arrêt déjeuner au mouillage de Bodri — sandwich corse, fromage, figues mûres et eau fraîche — constitue l'un de ces moments simples et parfaits que la navigation en Méditerranée sait offrir avec générosité.
Plus au nord,
la marine d'Algajola offre une escale de caractère différent. Ce petit village
fortifié, adossé à un château génoise dominant une plage de sable fin, se
découvre depuis la mer sous un angle architectural séduisant. La plage
d'Algajola, réputée parmi les plus belles de Haute-Corse, attire les amateurs
de surf et de windsurf grâce à une exposition au vent particulièrement
favorable. Vue du large, la silhouette du village et de son château évoque une
miniature médiévale posée au bord de l'eau, presque trop pittoresque pour être
vraie. Une dernière escale avant de rentrer au port de Calvi, le soleil déjà
bas sur la citadelle.
Naviguer en catamaran écologique, découvrir Calvi autrement, sans laisser de traces
Il y a une manière de voyager sur l'eau qui réconcilie le plaisir de la navigation avec la conscience de ce que l'on traverse. Le catamaran écologique, propulsé par des moteurs électriques ou hybrides et équipé de panneaux solaires, incarne cette nouvelle façon de prendre la mer — plus silencieuse, plus respectueuse, et paradoxalement plus intense dans les sensations qu'elle procure. Autour de Calvi, où la qualité des eaux marines constitue un patrimoine aussi précieux que la citadelle génoise elle-même, ce mode de navigation trouve un terrain d'expression particulièrement cohérent.
Le silence, d'abord, change tout. Sans le vrombissement d'un moteur thermique couvrant les sons du large, la navigation en catamaran électrique ouvre un rapport différent à l'environnement marin. On entend les dauphins avant de les voir — leurs souffles courts à la surface, leur communication ultrasonique parfois perceptible à fleur d'eau. On distingue le clapotis discret des vagues contre la coque, le cri d'un goéland au loin, le frémissement du vent dans le gréement. La mer, soudain, parle. Et Calvi, depuis ce pont silencieux, prend une dimension contemplative inédite.
Sur le plan pratique, les catamarans écologiques qui opèrent depuis le port de Calvi affichent des engagements concrets, absence de rejet d'huile ou d'hydrocarbures dans les eaux protégées de la Revellata, limitation stricte de la vitesse dans les zones de posidonie pour éviter l'arrachage des herbiers par les hélices, respect scrupuleux des zones de mouillage autorisées pour ne pas endommager les fonds sableux. Des règles que les opérateurs engagés font respecter avec pédagogie — non comme des contraintes, mais comme la condition sine qua non d'une navigation qui a du sens.
À bord, l'expérience gagne en qualité ce qu'elle abandonne en vitesse. Les groupes sont réduits — rarement plus de dix à douze passagers —, ce qui transforme la sortie en balade presque privée. Les guides naturalistes qui accompagnent ces excursions autour de Calvi connaissent le moindre rocher, la moindre grotte, la moindre colonie de mérous de la réserve de la Revellata. Ils nomment les espèces, racontent l'histoire géologique du cap, expliquent pourquoi la posidonie — souvent confondue avec des algues ordinaires — constitue le poumon de la Méditerranée. On repart informé autant qu'ébloui.
Naviguer en catamaran écologique autour de Calvi, c'est finalement adopter la posture du voyageur lucide — celui qui comprend que la beauté des lieux qu'il traverse dépend directement de la façon dont il choisit de les traverser. Une leçon de géographie sensible que la mer corse dispense avec une éloquence que nul manuel ne saurait égaler.







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